Que vaut l'excuse : « C'est plus fort que moi » ?
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  • Sujet : Que vaut l'excuse : « C'est plus fort que moi » ?
  • Concepts : Que - vaut - l'excuse - : - « - C'est - plus - fort - que - moi - » - - 3493 -
  • Extrait du corrigé : On voit mal en effet comment on pourrait soutenir que, si j'agis bien, j'en revendique la responsabilité, alors que, si j'agis mal, c'est que je suis soumis momentanément à « plus fort que moi » : la responsabilité doit être dans les deux cas constante, ou inexistante. En d'autres termes, c'est la volonté – ou son absence – qui doit dans tous les cas déterminer ma conduite. Il n'est dès lors pas surprenant que Kant, qui place précisément la volontéau fondement de l'existence morale, refuse ce genre d'excuse : de son point de vue, aucune circonstance ne peut être « plus forte que moi », parce que mon existence, en tant que sujet moral, implique une liberté toujours entière, et nécessite que je sois défini comme « sujet rationnel », c'est-à-dire comme m'imposant à moi-même les lois auxquelles doit obéir ma conduite. [Il. Inconscient et responsabilité]Une telle théorie du sujet moral est très satisfaisante pour qui veut affirmer que l'homme a en lui une dignité qui le distingue du reste du monde : elle constitue en morale l'aboutissement de la conception classique du sujet, repéré comme doté d'une complète maîtrise sur ses pensées et ses actes. Reste à savoir s'il demeure possible de se considérer, selon la formule d'Auguste dans Cinna, comme « maître de [s]oi comme de l'univers » à partir du moment où l'on est attentif à l'existence, dans le sujet lui-même, de ce que Freud repère comme l'inconscient.Ce dernier, en effet, paraît nier la prétendue maîtrise. À suivre la théorie psychanalytique, on s'aperçoit que l'individu effectue bien souvent des actes, prononce des paroles, prend des attitudes, qui paraissent être provoquées par «plus fort que lui » : lapsus, actes manqués, tics, gestuelle signaleraient une sorte de détermination interne, et par ce qui est à la fois le plus profond dans le sujet et le plus méconnu de lui-même : l'ensemble des pulsions, des désirs, des fantasmes qui résultent de sa biographie et qui, stockés dans son inconscient, l'amènent à faire autre chose que ce qu'il voulait, à dire d'autres mots que ceux qu'il avait prévus. On comprend alors la réaction des esprits classiquement rationalistes face à de telles révélations : dans ces conditions, le sujet « n'est plus maître chez lui », il semble aussi déterminé ou peu rationnel qu'un animal (« la psychanalyse », dit Alain, « n'est qu'une psychologie de singe »), condamné à être victime de « plus fort que lui ». Comment, par exemple, traîner un violeur en justice s'il a la possibilité de faire valoir qu'il est la proie de pulsions « plus fortes que lui » et que, tout en sachant que son comportement est coupable, il n'a pas les moyens d'y échapper ?

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