- Sujet : Y a-t-il quelque chose d'injuste à supporter passivement d'être l'objet d'une injustice ?
- Concepts : Y - a-t-il - quelque - chose - d'injuste - a - supporter - passivement - d'etre - l'objet - d'une - injustice - - 4876 -
- Extrait du corrigé : De tout cela, il résulte que la protestation d'un individu contre une
injustice dont il serait la victime est peut-être nécessaire en droit, mais
que pour être valable en fait elle demande un vigoureux effort contre une
tendance naturelle à confondre ce qui est désiré avec ce qui est juste, elle
réclame, si l'on veut reprendre des formules célèbres, que la protestation
soit motivée par la « forme » de l'acte injuste, par sa révoltante
absurdité, par ce qu'il offre de foncièrement illogique à la conscience
morale qui l'observe, par ce qu'il révèle de déshonorant pour la personne
humaine qu'il renie et non par sa « matière » c'est-à-dire par le fait
accidentel qu'il entraîne tel ou tel résultat pénible et que ce résultat est
subi par celui-là précisément qui est appelé à le juger.Or, cette attitude objective n'est pas si artificielle qu'on pourrait le
penser. Plus nombreux qu'on ne le croit sont les individus auxquels
l'iniquité est justement insupportable par sa forme, par le malaise
rationnel qu'elle engendre, indépendamment du terrain sur lequel elle se
manifeste et de la personne qu'elle frappe.Spinoza, le soir de l'assassinat du Pensionnaire de Hollande, parcourut les
rues de la ville en écrivant sur les portes, au péril de sa vie, qu'un grand
crime avait été commis, mais une autre fois il refusait la plus grande
partie d'un héritage qui lui revenait parce qu'il estimait injuste de
recevoir un Bien supérieur à ses besoins.Seulement une attitude aussi parfaitement désintéressée ne saurait être
improvisée. Elle nécessite, pour celui qui veut l'adopter, la possession de
la modestie au sens le plus respectable du mot, c'est-à-dire la renonciation
à décider seul de ses mérites et de ses droits, la satisfaction à limiter
par la considération de la valeur (;des autres la tendance naturelle d'un
sujet à l'affirmation de sa propre personnalité.Ainsi, délivré des contraintes opposées par son moi, l'individu pourra même
exprimer, sous la forme la plus pure, son respect de la justice sans être
réduit au choix entre la protestation et le silence. Il est en effet des cas
limites si l'on veut, mais réels, où l'attachement à la justice se traduit à
la fois chez la victime d'une iniquité par une acceptation étrangère à toute
crainte et par une protestation supérieure à toute considération d'intérêt.
Attachons-nous sur ce point à l'exemple qui nous est fourni par Socrate.Le Socrate du Criton défend l'intérêt supérieur de la Loi et accepte la
condamnation jugée injuste parce qu'il redoute de ruiner la Cité en ruinant
le respect des Lois.
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